UNE SAISON 2018 DE FIEVRE WEST NILE PRECOCE ET DE GRANDE AMPLEUR

Pour la VSI (par ordre alphabétique) : Anne Bronner (DGAl), Didier Calavas (Anses), Julien Cauchard (Anses), Pascal Hendrikx (Anses), Alizé Mercier (Cirad)
Pour le laboratoire national de référence de l’Anses Maisons-Alfort : Cécile Beck, Sylvie Lecollinet, Stéphan Zientara
Pour l’ONCFS - réseau Sagir : Anouk Decors, Stéphanie Desvaux
Auteur correspondant : julien.cauchard@anses.fr

Source : ADNS, ECDC au 20/09/2018, communication du LNR au 27/09/2018

La localisation et le nombre des cas de FWN détectés en France en 2018 chez l’Homme et les équidés suggèrent une large zone de diffusion de l’agent infectieux et une pression d’infection élevée. Ce constat est partagé au niveau européen avec une saison d’infection plus précoce avec un nombre de cas chez l’Homme et l’animal plus élevé que les années précédentes, avec une extension de l’aire de répartition, en particulier vers le Nord (Allemagne).

FRANCE
Bilan animal
Quatre cas de fièvre West Nile (FWN) ont été confirmés en France par le LNR au 26 septembre 2018 chez des équidés, suite à des suspicions cliniques, dans le Gard – sur les communes du Cailar (n=1) et de Saint Laurent d'Aigouze (n=2) - et en Haute Corse (n=1) – sur la commune de Lucianna. Les animaux de Corse et d’une des deux exploitations du Gard n'avaient pas bougé de leur exploitation au cours du dernier mois (pour le Gard) ou des trois derniers mois (pour la Corse), ils sont donc considérés comme des cas autochtones et soulignent l'existence d'une circulation virale dans leur zone d'implantation. Les investigations sont en cours pour le second cas du Gard.
Il est à noter par ailleurs qu’il s’agit du premier cas de FWN détecté en Corse, sachant que la présence du virus était détectée depuis plusieurs années en Sardaigne (note Plateforme ESA du 05/09/2016 – lien) et que des sérologies positives avait démontré la circulation silencieuse du virus en Corse[1].
Une buse collectée le 8 septembre par les sapeurs-pompiers des Alpes-Maritimes a également été confirmée positive sur des prélèvements d’encéphale. L’animal trouvé vivant est mort peu de temps après sa prise en charge. Il présentait un état corporel dégradé, des troubles nerveux (tremblements de la tête et incoordination motrice sévère) mais aucune lésion traumatique laissant supposer un choc avec un véhicule. Il a subi une analyse WN dans le cadre du dispositif de surveillance Sagir renforcé dans la zone.

Mesures sanitaires chez l’animal
En France, la surveillance a été renforcée chez les équidés et dans l’avifaune dans les départements 04, 05, 06, 07, 11, 13, 2A, 2B, 26, 30, 34, 38, 66, 73, 83 et 84, afin de contribuer à évaluer la situation sanitaire, en complément de la surveillance mise en place en santé humaine :
- dans l'avifaune : même si les oiseaux sont le plus fréquemment porteurs asymptomatiques, la surveillance des oiseaux trouvés morts a été renforcée, début août, dans le cadre du réseau Sagir. En complément, l'ONCFS a récemment mobilisé les services de voirie et des autoroutes dans les départements des Alpes-Maritimes et du Var afin d’augmenter les chances de collecter des oiseaux morts (corvidés notamment) pour analyse WN systématique,
- chez les équidés : la vigilance de l'ensemble des vétérinaires sanitaires vis à vis des signes cliniques de la FWN des départements visés a été renforcée par les DDecPP. En complément, le Respe a diffusé un message à son réseau de vétérinaires également dans ce sens. Par ailleurs, dans le cadre du syndrome « piro-like » suivi par le Respe, un dépistage sérologique vis à vis de West Nile sera réalisé pour des sérums reçus pour ces seize départements au cours des deux derniers mois et pour lesquels les autres causes ont été écartées.

Bilan humain en Paca
Le bilan de la maladie chez l’Homme dans la région Paca au 25 septembre 2018 est le suivant :

  • vingt cas autochtones d’infection à virus West Nile dont quinze cas probables et cinq cas confirmés,
  • trois cas détectés dans le cadre de la qualification des dons de sang et de greffons,
  • dix-huit cas domiciliés dans les Alpes-Maritimes : Nice (11), Antibes (5), Villeneuve Loubet (1) et Le Cannet (1),
  • un cas domicilié hors région Paca a séjourné dans les Alpes Maritimes,
  • un cas domicilié dans le Vaucluse à Caumont sur Durance,
  • deux formes asymptomatiques, quinze formes fébriles et trois formes neuro-invasives,
  • dates de début des signes comprises entre le 07/07 et le 31/08 pour les dix-huit cas symptomatiques.

Un tel épisode de cas groupés humains n'avait jamais été vu en France.

EUROPE
Bilan animal
Cette saison au 27/09/2018, 220 foyers avaient été déclarés, depuis le premier en Hongrie le 29 juin. Des équidés étaient impliqués dans 204 foyers, l’avifaune sauvage dans quinze cas ; une déclaration concerne également un chien (en Grèce).
La distribution géographique est plus étendue que les années précédentes, avec notamment des cas observés pour la première fois au Nord de l’Allemagne (Figure 1 et Tableau 1).
Le nombre de foyers, ainsi que la précocité des déclarations, est aussi remarquable par rapport aux années précédentes (Figure 2).

Figure 1. Localisation des foyers de fièvre West Nile en Europe en 2018 chez des animaux (équidés, avifaune sauvage, chien) (Source ADNS au 27/09/2018).

Tableau 1. Répartition des cas et foyers de fièvre West Nile (hors foyer canin) en 2018 en Europe par pays et groupes d’animaux (données ADNS au 27/09/2018)
 

  Nombre de foyers d’équidés Nombre de foyers avifaune sauvage
Allemagne 1 38
Autriche 1  
Croatie   2
France 4 1
Grèce 12 4
Hongrie 78  
Italie 107  
Roumanie 2  
Slovénie   1

Espèces atteintes dans l’avifaune en 2018 (au 27/09/2018)
Au sein de l’avifaune sauvage ou captive, plusieurs espèces différentes ont été déclarées positives en Europe :

  • buse (Buteo buteo),
  • canari (Serinus canaria),
  • chouette lapone (Strix nebulosa),
  • corbeau (Corvus corax),
  • corneille mantelée (Corvus cornix),
  • faucon (espèce non précisée),
  • passereau (espèce non précisée).